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« C’est un miracle que nous puissions aujourd’hui considérer le cancer du col de l’utérus comme un cancer largement évitable » – en Géorgie, un médecin revient sur l’impact générationnel des vaccins

21 avril 2026
Lorsque Lela Bakradze a débuté sa carrière de médecin en Géorgie il y a plus de 40 ans, il n’existait aucun vaccin permettant de se protéger contre les types à haut risque du papillomavirus humain qui peuvent provoquer le cancer du col de l’utérus et d’autres cancers.

« La vaccination contre le papillomavirus humain n’existait pas lorsque j’ai commencé ma carrière médicale au début des années 1980. C’est un miracle que nous puissions aujourd’hui considérer le cancer du col de l’utérus comme un cancer largement évitable », explique-t-elle.

Lela revient sur l’une des avancées les plus importantes dans le domaine de la vaccination au cours de sa longue carrière. Après avoir obtenu son diplôme de médecine, elle a travaillé pour la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, la Société géorgienne de la Croix-Rouge et le Fonds des Nations Unies pour la population. Aujourd’hui, elle se consacre principalement aux droits sociaux en Géorgie, en particulier ceux des personnes âgées.

« La vaccination a joué un rôle très important dans ma carrière, et c’est un sujet qui me tient toujours à cœur, car il s’agit d’un enjeu de santé publique de plus en plus crucial pour les personnes âgées de 65 ans et plus. »

Les avantages pour les personnes âgées

Lela cite les preuves de plus en plus nombreuses selon lesquelles la vaccination ne sert pas seulement à prévenir les maladies infectieuses, mais peut également alléger la charge de certaines maladies non transmissibles, telles que le cancer et les maladies cardiovasculaires, et a même un impact sur les taux de démence. 

« Les vaccins ont évolué au cours de la dernière décennie et ont désormais une incidence considérable sur la vie des personnes âgées », poursuit-elle. « Ces informations doivent être communiquées à la population afin de cibler les groupes qui peuvent bénéficier de cette avancée scientifique. »

Dans le cadre du calendrier national géorgien de vaccination, par exemple, la vaccination des nourrissons contre l’hépatite B contribue à prévenir l’infection chronique par l’hépatite B, qui est un facteur majeur de cancer du foie.

La vaccination contre le papillomavirus humain qui, en Géorgie, fait partie du calendrier national de vaccination et est recommandée tant pour les adolescentes que pour les adolescents, a entraîné une forte baisse des taux d’infection par ce virus, des lésions précancéreuses et, à terme, du cancer du col de l’utérus dans les pays caractérisés par une couverture vaccinale élevée.

Lela souhaite vivement que les obstacles à la vaccination soient levés pour les personnes âgées fragiles, et que davantage de recherches soient menées sur l’acceptation des vaccins. « Les recommandations des cliniciens ont une forte influence ; c’est pourquoi nous devons former et responsabiliser spécifiquement nos professionnels de santé afin qu’ils puissent conseiller et orienter en toute confiance, en particulier les personnes âgées, en matière de vaccination », note-t-elle.

Lutter contre la désinformation

Selon Lela, il reste encore beaucoup à faire pour recenser les tendances et les obstacles qui influencent les attitudes à l’égard de la vaccination au sein des différentes communautés et sociétés afin de lutter contre la réticence vaccinale et l’incertitude, en particulier chez les jeunes générations.

Malgré la large disponibilité de la vaccination contre le papillomavirus humain, y compris la vaccination de rattrapage pour les personnes ayant dépassé l’âge cible, de nombreux Géorgiens ne saisissent pas cette occasion de se protéger, principalement en raison d’un manque de sensibilisation à son rôle essentiel dans la prévention du cancer ou de fausses informations concernant le vaccin.

« En ce qui concerne le papillomavirus humain, il ne s’agit plus seulement d’accès, mais aussi de susciter une demande pour la vaccination », explique Lela. Pendant la pandémie de COVID-19, elle s’est employée à lutter contre la vague de désinformation concernant le vaccin contre la COVID-19, en encourageant la vaccination chez les femmes enceintes et allaitantes grâce à l’élaboration de supports d’information en ligne et imprimés. « Nous avons publié plus de 30 000 exemplaires de brochures destinées aux femmes enceintes en Géorgie, y compris celles issues des communautés ethniques minoritaires », nous confie-t-elle.

« En Géorgie, bien qu’il existe des lacunes et des disparités régionales, la couverture vaccinale systématique des enfants est globalement relativement élevée ; on considère donc que ces vaccins sont sûrs, mais beaucoup pensent à tort que le vaccin contre le papillomavirus humain n’est pas sûr, ou que le vaccin contre la COVID-19 n’est pas sûr. »

Elle encourage vivement les personnes qui ont été protégées par les vaccins à faire part de leur expérience afin de renforcer la confiance. Et, malgré les difficultés, elle reste optimiste quant aux perspectives offertes par la vaccination pour améliorer la santé tout au long de la vie des générations futures.

« Je suis très optimiste quant aux perspectives offertes par la vaccination, car il s’agit de l’une des mesures de santé publique les plus efficaces que l’humanité ait inventées à ce jour. » 

Recherche sur les connaissances comportementales en Géorgie

Au niveau national, le taux de vaccination contre le papillomavirus humain était inférieur à 30 % tant chez les filles que chez les garçons en 2024, la couverture variant considérablement d’une région à l’autre. Une étude qualitative visant à collecter des informations sur les comportements a été menée entre février et juillet 2023 avec le soutien de l’OMS/Europe dans des régions de Géorgie où la couverture vaccinale systématique est faible, notamment pour le papillomavirus humain. Cette étude visait à recenser les obstacles et les facteurs favorables à la vaccination systématique. 

Elle a mis en évidence divers facteurs contribuant à une couverture vaccinale insuffisante, notamment un manque de confiance dans les vaccins chez certains professionnels de santé (en particulier en ce qui concerne la vaccination contre le papillomavirus humain), une faible sensibilisation ou des idées fausses chez les parents et autres responsables de l’enfant, ainsi que des facteurs environnementaux difficiles. Ces résultats ont servi à mettre au point des interventions sur mesure visant à accroître la couverture vaccinale, axées sur l’amélioration des systèmes de suivi et de rappel, le renforcement des capacités du personnel de santé et la prise en compte des besoins des parents et des responsables de l’enfant.