« Un fauteuil roulant bien ajusté offre un tout autre niveau de fonctionnalité. Cela ouvre bien plus de possibilités et procure une plus grande liberté au quotidien », explique Nataliia Hladysheva, kinésithérapeute forte de plus de 14 ans d’expérience en rééducation qui anime actuellement en Ukraine une formation de 5 jours sur l’évaluation et l’ajustement des fauteuils roulants. Plus de 300 spécialistes de la rééducation venus de toute l’Ukraine ont jusqu’à maintenant suivi cette formation mise en place par l’OMS et la Société internationale des professionnels des fauteuils roulants (ISWP, pour International Society of Wheelchair Professionals), avec le soutien financier de l’Union européenne.
À ce jour, 193 professionnels de la rééducation issus de 59 établissements médicaux ont obtenu une certification internationale en tant que prestataires de services liés aux fauteuils roulants. Neuf d’entre eux ont également obtenu la certification de formateur en fauteuil roulant délivrée par l’ISWP, et sont désormais habilités à animer des séances de formation. Nataliia en fait d’ailleurs partie.
« Je pense que nous avons une mission importante. Et je suis très reconnaissante de cette confiance », nous confie-t-elle.
Des progrès en marche
Nataliia estime que la confiance entre les spécialistes et leurs patients est tout aussi importante que les connaissances ou les compétences techniques. Elle se souvient très bien du moment où elle a pris conscience pour la première fois de l’importance que peut revêtir cette confiance.
« Cela s’est passé il y a de nombreuses années, mais je souris encore quand je repense à ce patient », dit-elle. « Nous nous entraînions à monter les escaliers – une séance de formation comme les autres. Il avait reçu toutes les instructions. Je me tenais à ses côtés et tout semblait sous contrôle. Puis, tout à coup, il lâcha la rampe et commença à tomber en arrière. »
Nataliia a réagi immédiatement, le rattrapant et le calant contre le mur et la rampe.
« J’ai eu peur. Je lui ai demandé : « Ça va ? » « Tout va bien, je te tiens. » Il s’est tourné vers moi et m’a dit : « Bon, tu as réussi le test. Maintenant, je te fais confiance. » J’ai d’abord été fâchée. C’était un homme imposant, et ce qu’il a fait était imprudent et, franchement, dangereux. Je n’aurais peut-être pas pu l’empêcher de tomber. Mais j’ai compris par la suite que c’était peut-être la seule façon pour lui de surmonter son propre blocage psychologique. Jusqu’à ce moment-là, il n’était probablement pas prêt à me faire entièrement confiance. »
Comme le fait remarquer Nataliia, lorsque les patients font véritablement confiance à leur thérapeute, ils se sentent plus à l’aise pour poser des questions, même les plus anodines ou les plus délicates. Selon elle, ce sont souvent ces petits détails qui permettent de réaliser de réels progrès dans le processus de guérison.
Partage des connaissances
Nataliia en est venue à considérer la confiance non seulement comme le fondement de son travail auprès des patients, mais aussi comme un principe qui inspire une grande partie de sa vie professionnelle, de son enseignement et de ses relations avec les autres. Il en va de même lorsqu’elle forme ses collègues.
« J’aime voir la curiosité dans les yeux des personnes que je forme », dit-elle. « J’aime partager mes connaissances. Et je suis fermement convaincue que des spécialistes formés au choix et à l’ajustement des fauteuils roulants devraient être disponibles dans tous les hôpitaux du pays, car cela a une incidence directe sur la qualité de vie des patients. »
Nataliia fait remarquer que de nombreux patients ne connaissent pas tous les détails relatifs au réglage de leur fauteuil roulant et peuvent l’utiliser pendant des années sans se rendre compte qu’il ne répond pas entièrement à leurs besoins. Parfois, le problème ne se manifeste que lorsque la douleur apparaît ou que leur mobilité commence à diminuer.
« Dans mon cabinet, je constate souvent que même les personnes qui maîtrisent bien leur fauteuil roulant ont tout de même besoin de l’aide d’un professionnel pour le régler correctement. Avec le temps, certaines pièces s’usent et la position assise d’une personne peut évoluer ; il est donc nécessaire d’identifier ces changements et de procéder aux ajustements nécessaires. »

